Je me souviens d’un atelier où un bébé est resté toute la séance sans toucher la peinture. Pendant tout ce temps, il a observé les autres enfants. À la fin de l’atelier, son parent était presque déçu, car dans ce même atelier, il y avait des bébés qui se roulaient littéralement dans la peinture ! Et pourtant, pour tous les bébés présents, il s’est passé énormément de choses.
Cette histoire, qui est l’histoire de tous les ateliers, est la raison pour laquelle je n’aime pas le mot patouille.
Car on appelle souvent les ateliers peinture bébé, ateliers « patouille ». D’un côté, c’est vrai : lors de ces ateliers, il y a de la peinture sur les mains, sur les vêtements, sur le papier, sur le sol, bref vraiment partout !
Mais pas pour tous les bébés. Et après plusieurs années à animer des ateliers artistiques auprès des tout-petits, les réduire à de la simple patouille, c’est passer à côté de tout ce qui s’y joue réellement.
Il y a de la découverte, de la relation, de l’observation, de l’émerveillement et parfois même un peu de lâcher-prise pour les adultes.
C’est sans doute l’une des choses les plus importantes que j’ai comprises en animant des ateliers bébés ! Nous proposons un lieu pour venir faire de la peinture avec son tout-petit mais ce n’est pas le but du bébé !
Les bébés ne viennent pas « faire de la peinture ». Ils viennent vivre une expérience !
Pour certains bébés, l’atelier sera une découverte sensorielle. Il va tremper ses mains dans le bol, s’en verser dessus (comme cette petite sur la photo), mettre à la bouche. Bref, toucher la matière.
Pour d’autres, ce sera une expérience d’observation. Voir d’autres bébés, c’est déjà une expérience à part entière pour certains !
Et tout cela fait partie de l’atelier.
En tant qu’adulte, on a l’impression que l’expérience réussie est celle où le bébé repart avec les mains pleines de peinture ! Mais ce n’est pas forcément le cas.
Un bébé qui observe pendant vingt minutes vit lui aussi une expérience riche !
Il regarde, analyse, compare, découvre le groupe et prend ses repères.
Ce que j’aime c’est que la peinture n’est finalement qu’un prétexte pour permettre tout cela ! Sociabiliser, s’émerveiller, créer du lien avec son accompagnant.e !

Vous l’aurez compris avec le début de cet article, derrière ce qui ressemble parfois à un simple moment de jeu se cachent en réalité de nombreuses expériences !
Chaque bébé va vivre l’atelier à sa manière ! Parfois sans toucher la matière et parfois en se roulant dedans !
Et c’est justement ce qui en fait la richesse.
Dans les ateliers peinture pour bébé, il se passe autre chose que peindre :
En début d’atelier, une des phrases que je dis est : « l’atelier est un beau moment pour observer votre bébé quand il est libre de faire ses propres choix« .
L’objectif est pouvoir donner à l’adulte les clés pour accompagner ce moment et notamment laisser l’enfant décider de ce qu’il veut, ou ne veut PAS faire.
Certains bébés vont immédiatement plonger les mains dans la peinture. D’autres vont commencer par toucher du bout du doigt.
Certains préféreront observer pendant plusieurs minutes avant d’oser s’approcher.
Et parfois, certains ne toucheront pas du tout la peinture de toute la séance.
Et c’est normal !
Dans un atelier de libre exploration, il n’existe pas une seule bonne façon de participer. Observer est dune expérience à part entière.
L’atelier devient alors un espace où le bébé peut suivre son propre rythme plutôt que celui attendu par les adultes. C’est lui qui décide et qui nous emmène là où lui veut aller!
Les ateliers sont aussi des espaces de sociabilisation pour les tout-petits. Et cela fait partie de leur développement.
Dans les ateliers, ils observent les gestes des autres bébés. Ils découvrent différentes manières d’utiliser le matériel.
Ils prennent progressivement confiance.
Ils apprennent à partager ce super pinceaux avec le copain ou la copine à côté ! Et ce n’est pas toujours facile !
Je me rappelle du premier atelier fait après le confinement. Certains bébés, voyaient d’autres bébés pour la première fois !
Les ateliers sont donc aussi des espaces de rencontre. On y découvre les autres.
On y partage un moment commun.
On y construit ses premières expériences de vie en groupe.
C’est l’un des aspects que je préfère observer chez les bébés, et c’est une de plus belles leçons que j’ai appris des ateliers :
(Ré)apprendre à s’émerveiller des petites choses.
Vous savez ces choses qui nous paraissent anodines. Que l’on ne remarque plus. Et pourtant, quand on les voit à travers les yeux des tout-petits, on en comprend la poésie :
Voir leurs yeux s’écarquiller, c’est comprendre que ces petites choses sont magiques !
Les ateliers peinture bébé nous rappellent souvent que l’émerveillement se cache dans les choses les plus simples !
Depuis le début, j’évoque ce que vivent les bébés dans les ateliers. Mais, ils sont aussi une expérience à part entière pour les adultes.
Contrairement au bébé, l’adulte arrive souvent avec des attentes.
Ils imaginent leur bébé plonger dans la peinture, explorer de bon coeur car « il adore peindre à la maison« .
Puis l’atelier commence. Et le bébé fait tout autre chose. Il observe. Il reste proche de son parent. Il s’intéresse davantage aux bols qu’à la peinture.
Et parfois, cela peut déstabiliser.
Ou l’inverse, parfois l’adulte s’imagine que l’enfant va tranquillement peindre avec le pinceau. Et finalement il se roule dedans !
Bref, ce que j’adore dans les ateliers c’est qu’ils sont le lieu pour se questionner : qui décide que l’expérience est réussie ?
Les ateliers nous demandent de lâcher prise.
D’accepter que le bébé ne fasse pas ce que nous avions imaginé.
Et c’est souvent là que se trouvent les plus belles surprises !

En 2019, j’ai commencé à proposer des ateliers peinture comestible. Vous l’aurez compris après cet article, on ne les appellera pas ateliers patouille !
Des bols, de la peinture, une feuille au sol et c’est parti !
Après plusieurs centaines d’ateliers, je les adore toujours autant, pour toutes les raisons ci-dessus !
Chaque groupe est différent.
Chaque bébé est différent.
Il y a toujours des ateliers où les bébés me surprennent ! Ils utilisent un pinceau d’une manière que je n’avais pas envisagée !
C’est ce qui rend ce travail si passionnant : la recette de la peinture reste la même, le matériel aussi.
Mais l’expérience ne se répète jamais !
Quand on regarde un atelier peinture comestible de l’extérieur, on voit souvent des bébés qui pataugent dans la peinture.
Mais lorsqu’on prend le temps d’observer ce qui se joue réellement, on découvre beaucoup plus que cela ! Il s’agit de liberté d’exploration, d’émerveillement, de rencontres, et de lâcher prise !
Finalement, la peinture n’est qu’un prétexte ! Le véritable sujet, c’est tout ce qui se passe autour.
Et c’est précisément pour cela que les ateliers peinture comestible restent, à mes yeux, un formidable outil d’éveil artistique et de libre exploration pour les tout-petits.
Si vous souhaitez comprendre comment concevoir des ateliers artistiques réellement adaptés aux bébés, choisir du matériel pertinent et adopter une posture respectueuse du rythme de l’enfant, découvrez la formation :
Concevoir et animer des ateliers artistiques adaptés aux bébés
Vous y retrouverez les principes, outils et réflexions que j’utilise sur le terrain depuis plusieurs années auprès des tout-petits.
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